Mélancolie
«Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à
apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. C’est un sentiment si complet,
si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a toujours paru
honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus
rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi comme une
soie, énervante et douce, et me sépare des autres.»
(Françoise Sagan, Bonjour
tristesse)
Sagan citait Éluard en exergue de son premier roman. Moi, je cite
l’incipit de ce premier roman de Sagan au début de ce nouveau blogue.
Tristesse
chez moi ? Depuis toujours. Mais surtout mélancolie, douceur et tristesse à la fois.
Quand je m’en suis éloigné trop longtemps, elle m'a manqué. Je m’étourdissais. Je me
perdais. Mais son désir me ramenait dans le droit chemin.
J'ai longtemps cru qu'elle m'était venue tout droit des auteurs romantiques dévorés à l'adolescence. Chateaubriand, Madame de Staël, puis Vigny, et le plus merveilleux de tous : Musset. Chez quelqu'un dont le résultat du test de caractérologie était SNPC (sentimental-nerveux-passionné-colérique), ces lectures étaient des plus appropriées. Elles ont chamboulé mon âme et ma vie.
Dans mes années religieuses, on ne parlait pas de tristesse ou de mélancolie, mais de «délectation morose». Et c'était un péché que d'en tirer du plaisir. Que de péchés j'ai alors commis!
Et je me suis délecté «morosement» toute ma vie. Mon âme doit en être noire. Loin de moi l'idée de m'en confesser même si elle m'a parfois plongé dans la dépression. Les psys ont alors succédé aux confesseurs d'antan. Mais comme eux, à leurs yeux, c'était un péché. Grave même.
C'est une cartographe du ciel qui m'a libéré de leur mauvaise influence: ma naissance elle-même était à l'origine de mon état. En effet, une quelconque triangulation de planètes dans le ciel de Montréal du 25 novembre 1947, à 8 h 27, avait fait que j'étais venu «triste» en ce monde. Mon destin était tracé, juste là, sur cette carte étalée devant moi.
***
1947. Marie-Rose est enceinte jusqu'au nez. Elle est couchée depuis des mois. Son âge et son état de santé le nécessitent. Elle lit. La radio «griche» sur une table près du lit. Soudain, le bruit cesse comme par enchantement. Un orchestre joue... Une voix... C'est Alys Robi! Elle chante l'une de ses grands succès : Mélancolie. Marie-Rose ferme les yeux. Elle sourit. Une larme coule doucement sur sa joue.
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